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Comment la guerre en Ukraine affectera-t-elle l’économie du Canada?

Même si les relations commerciales entre le Canada et les deux pays impliqués sont limitées, une analyse attentive de la situation laisse croire qu’il y aura effectivement des effets négatifs et positifs pour l’économie canadienne.

Les clients touchés par les sanctions commerciales se tourneront-ils vers le Canada?

Les restrictions apportées au commerce international entre le Canada et la Russie auront peu d’effet direct sur l’économie du pays. Effectivement, les relations commerciales entre les deux pays sont trop faibles pour avoir un impact important. Le Canada exporte pour un peu plus de 600 millions de dollars par année vers la fédération russe, soit 0,1 % des 600 milliards d’exportations totales de marchandises du pays.

Évidemment, pour les quelques entreprises qui transigent avec la Russie, l’impact sera important et quasi-immédiat alors que le rouble a déjà reculé de 30 % par rapport au dollar canadien et encore davantage face au billet vert depuis l’éclatement du conflit.

Les pressions haussières sur le prix des matières premières sont parmi les premiers effets économiques notables de cette guerre. La Russie est un magnat de l’industrie énergétique mondial et d’une importance capitale pour l’Europe en particulier. L’empire du président Poutine fournit environ 40 % du gaz naturel du continent européen, plus de la moitié de son charbon et est aussi l’un de ses principaux fournisseurs de brut.

Au moment où le marché de l’énergie s’avérait déjà bien serré, l’invasion aura enflammé les prix du brut et du gaz naturel encore davantage. Le ralentissement attendu de la production de céréales et de métaux s’est aussi déjà reflété sur les marchés.

Bien que motivé par une situation horrible en Ukraine, ces hausses de prix pourraient s’avérer une aubaine pour le Canada dont la production de matières premières ressemble beaucoup à celle des Russes. Les entreprises agricoles et minières canadiennes pourraient donc s’emparer de parts de marché russe, s’il y a un embargo sur ces commodités, mais profitent déjà ultimement des hausses de prix issus de l’incertitude.

La pression sur les chaînes d’approvisionnement restera aigue

La pandémie et les réouvertures des économies qui s’en sont suivies ont engendré des déséquilibres importants entre l’offre et la demande mondiale. Cette situation aura mis sous pression les chaînes d’approvisionnement et en lumière des problèmes logistiques majeurs issus de la mondialisation. On le sait bien, ces déséquilibres se sont traduits en augmentation de prix jamais vu depuis des dizaines d’années.

Ceci dit, de récents indices annonçaient une amélioration des délais de livraison et un certain relâchement des tensions sur les chaînes d’approvisionnement. On espérait alors que ces atténuations se reflètent sur le prix des biens dans les prochains mois.

Les goulots d’étranglement des matières premières affectent les industries en amont de la chaîne de production avec des multiplicateurs plus importants et des effets de débordements internationaux. Les sanctions imposées à la Russie devraient donc perturber davantage l’approvisionnement de certains biens.

D’autre part, les limites à l’exportation vers la Russie pourraient aussi se rediriger vers d’autres marchés qui peinent à s’approvisionner. Les États-Unis et le Japon ont notamment déjà bloqué la livraison de puces électroniques alors que nombreux pays recherchent ardemment des semi-conducteurs depuis le début de la pandémie.

Pression exacerbée sur les prix, les banques centrales y répondront

Les ménages canadiens (et pas mal tous les ménages de pays développés) se heurtaient déjà à des augmentations de prix vertigineuses, à la pompe ou à l’épicerie. La hausse des cours du pétrole, des métaux et des produits agricoles n’apportera pas de répit si tôt.

La Banque du Canada, tout comme la Réserve fédérale américaine, était déjà sur le point d’entamer leur lutte contre l’inflation avant que le conflit ne prenne l’ampleur qu’on lui connaît aujourd’hui. Même s’il s’agit d’un nouvel élément à haute incertitude pour l’économie mondiale, les banques centrales pourraient être poussées à relever plus rapidement le taux directeur avant de mettre sur pause leurs cycles de resserrement.

L’inflation et les hausses de taux qui l’accompagneront se refléteront indubitablement dans le portefeuille des consommateurs qui ajusteront leurs postes de dépense en conséquence – autrement dit, la consommation sera inférieure à ce qui était attendu avant le conflit.

Nouveaux arrivants et boom d’immigration

Un autre élément qui pourrait mitiger l’impact du conflit sur l’activité économique du Canada  est l’afflux d’immigrants et de réfugiés que le pays est prêt à accueillir. La diaspora ukrainienne du Canada est la seconde en importance dans le monde derrière la Russie, ce qui devrait favoriser l’intégration des nouveaux arrivants.

Le gouvernement canadien s’est engagé à faciliter les procédures pour les immigrants et les réfugiés d’Ukraine. L’immigration est le moteur de la croissance démographique au Canada et représente donc une source importante de talent. Il s’agirait d’un avantage pour les entreprises dans le contexte actuel de pénurie de main-d’œuvre.

L’impact pour votre entreprise:

  • Une économie ouverte de taille moyenne comme le Canada dépend de la bonne tenue des échanges internationaux et du climat géopolitique. Le déclenchement de la guerre en Ukraine et les sanctions économiques et financières contre la Russie constituent une source d’incertitude importante pour la croissance mondiale. L’impact sur le PIB du Canada sera toutefois mitigé par la montée en flèche des besoins d’exportation des produits de base canadiens.
  • Les sanctions commerciales imposées à la Russie se refléteront au Canada essentiellement par une accélération de l’inflation accompagnée de taux d’intérêt plus élevés, qui ensemble diminueront le pouvoir d’achat des consommateurs canadiens. La demande et la consommation canadiennes continueront de croître par rapport à 2021, mais à un rythme plus lent que prévu initialement.
  • Plus la guerre en Ukraine se prolonge, plus on peut s’attendre à ce que des migrants Ukrainiens arrivent au Canada et contribuent à la main-d’œuvre du pays.